POUR EN SAVOIR PLUS

Les applications humaines du génie génétique

Le génie génétique, l'une des principales avancées scientifiques du vingtième siècle, présente un énorme potentiel de développement. Les possibilités d'application qu'il offre dans la recherche biomédicale suscitent à la fois des espoirs et des craintes. Un groupe d'étude constitué au Département de l'intérieur a été chargé d'examiner les atouts et les risques du diagnostic génétique et de la thérapie génique appliquée à l'homme. Il se prononce plutôt positivement, tout en préconisant une réglementation plus poussée des expériences sur l'homme, dans l'intérêt d'une recherche de qualité et de son acceptation par la société, mais aussi dans le but de protéger l'individu.

Rapport du groupe d'étude "Recherche sur l'être humain": Diagnostic génétique et thérapie génique
Maurus Staubli

Les grands axes de la recherche médicale

Au cours du vingtième siècle, les découvertes du génie génétique ont ouvert de nouvelles perspectives à la médecine. Dans les années quatre-vingt, le génie génétique concernait surtout la recherche fondamentale en biologie. Aujourd'hui, il s'applique essentiellement à la médecine humaine.

La recherche sur le cerveau l'immunologie, la rhumatologie ainsi que l'oncologie (recherche sur le cancer) constituent les grands axes de la recherche, tant nationale qu'internationale. Le génie génétique est l'une des nombreuses voies explorées dans le cadre de ces recherches. Il se concentre notamment sur la biologie du développement et l'embryologie moléculaire.

La recherche sur le cerveau

La recherche suisse met un accent prioritaire sur le cerveau et le système nerveux. Les spécialistes de ces domaines cherchent à en préciser la constitution et le fonctionnement, ainsi que les origines génétiques des troubles psychogènes. Il semble que les dysfonctionnements d'un ou de plusieurs gènes soient une cause déterminante de ces problèmes. La découverte d'une thérapie génique efficace permettrait de soigner les personnes atteintes de maladies graves (par exemple schizophrénie, dépression).

Immunologie

Dans le domaine de l'immunologie, la recherche génétique moléculaire est particulièrement centrée sur la médecine de la transplantation. Elle vise surtout à identifier les gènes qui résistent ou au contraire sont vulnérables aux maladies infectieuses.

Mandat du groupe d'étude

Le groupe d'étude pour la recherche sur l'être humain a été constitué en 1993 sur recommandation du Groupe de travail interdépartemental en matière de génie génétique (IDAGEN). Dans une dernière étape, le groupe d'experts s'est concentré sur les questions touchant à la médecine de la reproduction, notamment à la recherche sur les embryons et au diagnostic préimplantatoire (rapport de 1995).

En juillet 1996, le mandat du groupe a été prolongé d'une année. La deuxième phase est consacrée aux applications médicales du génie génétique (diagnostic génétique et thérapie génique).

L'article 24novies constitue la base permettant de formuler des propositions et des idées relatives à l'application des nouvelles techniques. Il s'agit de promouvoir les développements intéressants et d'empêcher ceux qui sont sans intérêt, voir présentent des risques. Madame Suzanne Braga, médecin spécialiste en génétique humaine, a présidé le groupe d'étude.

Rhumatologie

Les maladies rhumatismales entrent dans la catégorie des maladies auto-immunes dans lesquelles le corps mobilise son système immunitaire contre certaines de ses propres cellules. On suppose que ce type de dysfonctionnement du corps est dû à certains facteurs génétiques. Les spécialistes placent beaucoup d'espoir dans le génie génétique pour trouver des solutions à ces problèmes.

Recherche sur le cancer

Il semble aujourd'hui que le cancer soit dû, entre autres causes, à l'accumulation graduelle d'anomalies génétiques. La recherche génétique dans ce domaine porte surtout sur les configurations de gènes qui conditionnent la résistance ou au contraire la susceptibilité aux divers types de cancer et sur d'éventuelles possibilités thérapeutiques.

Les formes de diagnostic génétique

Le diagnostic par génétique moléculaire (diagnostique génétique) est aujourd'hui le principal champ d'application du génie génétique à l'homme. Le décodage de tout le patrimoine héréditaire humain (programme génome humain HUGO) a permis d'affiner les méthodes de diagnostic dans de nombreux domaines grâce au génie génétique.

Diagnostic clinique par génétique moléculaire

Ce diagnostic est surtout utilisé pour confirmer des soupçons cliniques, la plupart du temps lorsqu'un seul gène est en cause. Il ne se distingue du diagnostic traditionnel que par la méthode.

Diagnostic prédictif (présymptomatique) fondé sur la génétique moléculaire.

Ce type de diagnostic moléculaire permet de poser un diagnostic bien avant la manifestation de la maladie.

Diagnostic anténatal par génétique prénatale

Le diagnostic prénatal effectué selon diverses méthodes traditionnelles est souvent assimilé au génie génétique, à tort. En réalité, très peu de ces diagnostics font intervenir les méthodes de génétique moléculaire.

Dépistage par examen de génétique moléculaire

Le dépistage de maladies par des méthodes de génie génétique moléculaire n'est pas encore systématique en Suisse. Des projets d'examen de certains groupes présentant des risques accrus de mutations génétiques à l'origine de maladies sont néanmoins à l'étude. Encore faudra-t-il déterminer exactement dans quelles conditions ces campagnes de dépistage sont indiquées.

Méthodes de diagnostic fondées sur la génétique moléculaire en médecine légale

Chaque individu ayant un patrimoine génétique qui pourrait lui être propre, les tests de génétique moléculaire peuvent donner des résultats probants lors de procès en recherche de paternité ou lorsqu'il s'agit d'identifier l'auteur d'un délit.

Thérapie génique somatique

Il n'est possible de développer des thérapies efficaces qu'à partir de résultats diagnostiques. Les méthodes de thérapies géniques n'échappent pas à cette règle. La thérapie génique somatique vise par exemple à corriger des anomalies génétiques ou à guérir des maladies en modifiant le "programme génétique" de certaines cellules. Avec ce type d'intervention, les modifications génétiques se limitent aux cellules somatiques des patients ; elles ne se transmettent pas entre les générations.

Problèmes

Le principal problème avec la thérapie génique consiste à trouver les vecteurs appropriés permettant d'intégrer efficacement dans les cellules cibles (malades) une copie saine du gène fonctionnant normalement En prélevant des cellules souches (indifférenciées) de moelle osseuse, on est déjà parvenu à réaliser des progrès dans la lutte contre le sida ou la leucémie. On a réussi à multiplier des globules blancs hors de l'organisme du malade (ex vivo) sans qu'ils perdent leurs propriétés, puis à les réintroduire dans le corps du patient. Inversement, avec les cellules différenciées d'organes (poumons, foie, etc.), il n'est pas possible d'effectuer des prélèvements pour procéder à des corrections; le transfert doit s'opérer dans l'organisme (in vivo) et les cellules "corrigées" doivent être multipliées plusieurs fois à cause des risques d'imprécision.

Aspects juridiques

- C'est l'article constitutionnel 24novies de 1992 sur le génie génétique qui définit les bases juridiques de la thérapie génique. Afin de lutter contre les abus, il accorde au législateur la compétence d'édicter des prescriptions sur toutes les formes de recherche sur l'homme susceptibles d'avoir des conséquences sur le patrimoine germinal et génétique.

- L'article constitutionnel reconnaît la liberté de la recherche comme un droit fondamental. Mais il fixe les limites et les principes devant gouverner la recherche sur l'homme. Il accorde une importance essentielle au respect de la dignité humaine et de la personnalité de l'individu. En outre, il impose des critères éthiques à la recherche et à ses applications faisant appel au génie génétique.

- Les interventions dans le patrimoine génétique des cellules germinales humaines et des embryons sont absolument interdites (art. 24novies, 2è al., let. a), même à des fins de recherche. En revanche, les examens effectués à des fins diagnostiques ne sont pas considérés comme des interventions, dans la mesure où ils n'entraînent pas de modifications génétiques. Ils sont donc autorisés sous réserve (art.24novies, 2è al., let.f, consentement de la personne concernée ou prescription légale). De simples analyses cliniques ne tombent pas non plus sous le coup d'une interdiction. L'article constitutionnel ne proscrit pas la recherche sur les cellules somatiques, car les modifications résultant des interventions dans le patrimoine génétique de ces cellules ne se transmettent pas à la descendance.

Loi sur la recherche

La loi fédérale sur la recherche n'abordant que le cadre et les structures, elle ne concerne pas spécifiquement la recherche génétique. Elle se borne à régler les compétences des intéressés ainsi que les aspects financiers de la recherche.

Projet de loi sur l'analyse du génome

Une commission d'experts a soumis récemment à consultation un projet de loi fédérale sur l'analyse génétique humaine. Cette loi vise à régler les questions liées à l'utilisation des tests génétiques dans les domaines de la médecine, du travail, des assurances et de la responsabilité civile.

Directives des académies

L'Académie suisse des sciences médicales (ASSM) a élaboré il y a quelques années déjà des directives sur la thérapie génique. Il s'agit de recommandations impératives destinées à tous les médecins. Elles n'ont pas force de loi.

Évolutions

Le groupe d'étude traite des évolutions à venir dans le domaine de la recherche biomédicale et du génie génétique.

Diagnostique génétique

Les connaissances relatives aux structures normales et modifiées de la carte du génome humain se sont considérablement développées. Les constats sont souvent difficiles à interpréter quant à la cause d'une maladie, à son évolution et à une éventuelle thérapie. Des incertitudes subsistent. Le diagnostic génétique prédictif, qui détecte les maladies bien avant qu'elles ne se déclarent, pose lui aussi un certain nombre de problèmes, notamment quand il n'existe encore aucun traitement contre la maladie diagnostiquée. Le diagnostic prénatal par génétique moléculaire, s'il peut être utile, confronte aussi les intéressés à de douloureux problèmes. Ainsi, des parents qui demanderaient une analyse génétique pour cause de maladie héréditaire dans leur famille auraient à faire face à une difficile décision en cas de constat pathologique "positif".

Répercussions économiques

Un diagnostic génétique plus précis et l'existence d'une thérapie génétique seront un plus pour la santé et le bien-être des individus. Mais en même temps, les progrès techniques en médecine contribueront à allonger la durée moyenne de la vie humaine. Cette longévité engendrera à son tour de nouvelles maladies dues à l'âge , avec leur kyrielle de conséquences sur les coûts de la santé.

Questions éthiques

Au-delà des aspects individuels et social , les progrès techniques de la médecine et le développement des applications de génie génétique suscitent des questions d'ordre éthique.

Recommandations

Le diagnostic génétique et la thérapie génique comportent de nombreuses facettes. C'est pourquoi le groupe d'étude recommande une approche interdisciplinaire avec des mesures concernant à la fois la législation , la recherche , la science, la médecine et la société.

Réflexions de fond

- La recherche doit avoir pour but d'accéder à des connaissances en vue du bien-être de tous, à tout moment.

- La recherche médicale sur l'être humain doit viser principalement à préserver la santé et à guérir les maladies.

- Elle doit respecter la dignité de l'être humain et protéger la société des abus.

- La Recherche en sciences naturelles et humaines touchant au génie génétique implique une collaboration interdisciplinaire.

Mesures concernant la recherche

- Élargissement du réseau actuel de recherche avec notamment une plus grande place accordée à l'évaluation des choix technologiques et aux projets interdisciplinaires.

- Réorganisation de la formation, du perfectionnement et de la formation continue dans les disciplines de sciences naturelles et de médecine pour tenir compte des questions liées au génie génétique.

- Promotion de projets de recherche mettant en lumière les effets à long terme du diagnostic génétique et de la thérapie génique.

Mesures sociales

- Création d'une loi globale sur l'assurance sociale en lieu et place des lois existantes.

- Formation continue des médecins-conseils des assurances ainsi que des médecins du personnel et des médecins du travail dans le domaine de la génétique médicale.

- Développement de modèles d'assurance à l'intention des personnes présentant un "risque génétique" élevé.

- Élaboration d'un modèle intercantonal de santé publique.

- Intensification du dialogue sur des thèmes comme le diagnostic génétique et la thérapie génique entre les milieux de la recherche et de la science d'une part et le monde politique et la population en général d'autre part.

- Création d'une commission nationale de bioéthique.

Source:
Recherche sur l'être humain: Diagnostic génétique et thérapie génique.
Rapport du groupe d'étude pour la recherche sur l'être humain,
Département fédéral de l'intérieur, octobre 1998.

Commande:
Office fédéral de l'éducation et de la science
Tél. 031 322 96 75, Fax 031 322 78 54