PRISES DE POSITION OFFICIELLES

Le comité de la LSC (Ligue Suisse contre le Cancer) se prononce sur l’initiative sur le génie génétique: C'est non!

Le comité de la LSC se prononce pour le rejet de l’initiative sur le génie génétique, qui représenterait un frein intolérable à la recherche médicale, en particulier dans le domaine du cancer. Or la Suisse dispose déjà d’un cadre légal en la matière. Voici les éléments de réflexion qui sous-tendent la décision du comité.

En 1992 le peuple a approuvé un article constitutionnel protégeant le génie génétique (art.24 novies). Ces dispositions seront renforcées par la motion Gen Lex votée par le Parlement. Le génie génétique offre un réservoir potentiel de traitements - et d’espoir- pour de très nombreux malades. L’initiative a d’ailleurs été qualifiée " d’initiative de bien portants pour les biens portants ". Le comité comprend toutefois les craintes suscitées par ces nouvelles techniques traite indifféremment les aspects médicaux et l’agriculture.

La recherche privée de son outil de travail. A l’origine d’un cancer se trouve toujours une mutation dans une cellule. Quelque 50 gènes sont susceptibles d’être impliqués d’après les connaissances actuelles. Pour étudier le rôle d’un gène donné dans l’organisme, les chercheurs utilisent le modèle de la souris transgénique.. or la " création " et l’utilisation d’animaux transgéniques sont interdites par l’initiative. Les chercheurs seraient alors privés du moyen de comprendre le rôle et l’importance des gènes dans la genèse du cancer et de développer les stratégies thérapeutiques correspondantes.

Quelques études cliniques de thérapies géniques avec des patients sont d’ailleurs déjà en cours en Suisse en cas de cancer du sein, de mélanome ou de tumeur cérébrale. Ces études devraient être interrompues.

Impossible de faire " n’importe quoi ". L’initiative demande aux chercheurs de prouver l’utilité de leurs travaux, une exigence paradoxale puisque la recherche consiste justement à sonder l’inconnu sur la base d’une hypothèse, qu’il s’agira d’infirmer ou de confirmer. Le résultat ne peut donc pas être connu à l’avance. Cela ne signifie pas laisser aux chercheurs les mains totalement libres : ils doivent convaincre les commissions scientifiques et les comités d’éthique du bien-fondé de leur démarche. Un contrôle existe donc déjà.

La Suisse, un cas à part ? En acceptant l’initiative sur le génie génétique, la Suisse suivrait une voie solitaire. Nul doute que la recherche continuera comme avant, mais sans la Suisse.

Les industriels délocaliseront leurs activités et certains chercheurs de pointe -dont des médecins- partiront (ou resteront après leur formation) dans des pays qui offrent de réelles conditions de recherche.

Anne Durrer