PRISES DE POSITION OFFICIELLES

L'Union suisse des paysans recommande le rejet de l'initiative sur le génie génétique le 7 juin prochain. Marcel Sandoz, président de l'USP, complète par son avis personnel la charte de son organisation.

" Je vois d'un côté une technique qui a déjà fait ses preuves et démontré son extraordinaire efficacité en pharmaceutique et en médecine par exemple, mais qui ouvre aussi des horizons fantastiques dans des domaines très divers. La Suisse est à l'avant-garde dans le domaine de la recherche et les industries spécialisées. Un certain nombre d'emplois existants sont donc directement concernés, sans compter la création de nouveaux postes.

De l'autre côté, il y a des citoyens peu rassurés dès que l'on touche à la cellule vivante, animale ou végétale, voire humaine. Les applications pratiques des résultats de recherche posent bien évidemment des questions éthiques puisque l'on touche directement à l'essence même de la vie.

On ne peut donc caricaturer ce débat en plaçant les bons d'un côté et les mauvais de l'autre! Chacun a le droit et le devoir de s'interroger sur une ou des technologies en développement qui, demain peut-être, influenceront l'avenir de l'humanité. "

Cependant, l'initiative laisse peu de place aux avis nuancés puisque nous devrons glisser un oui ou un non dans l'urne? C'est justement l'aspect extrémiste de cette initiative qui, personnellement, me dérange. On ne peut pas, dans un sujet aussi complexe, refuser tout en bloc. La recherche est, par essence, évolutive. En revanche, c'est au citoyen et plus particulièrement à ceux qui le représentent politiquement, de s'attacher à mettre en place des bases légales solides pour pallier aux dérapages éventuels.

Le Conseil fédéral n'a pourtant pas jugé opportun de présenter un contre-projet? En effet, mais je trouve qu'il a été bien inspiré de soumettre dès maintenant le paquet GEN-LEX à consultation. De même, les milieux politiques ont demandé une rapide mise sur pied d'une commission d'éthique. Ainsi, les enjeux réels semblent avoir été compris. Reste, jusqu'au 7 juin, à beaucoup informer et surtout beaucoup rassurer.

En matière de génie génétique, l'agriculture occupe une place toute particulière. Quels sont vos espoirs et vos craintes? Il appartient à l'agriculture de nourrir. Et de le faire au travers et par la vie animale et végétale. Le génie génétique concerne donc très directement l'agriculture et l'alimentation. C'est d'ailleurs sur ce terrain que se retrouvent les pourfendeurs de cette nouvelle technologie et c'est dans ce domaine qu'il s'agit de lever les craintes, d'expliquer et convaincre.

Prenons le point de vue du côté des agriculteurs qui viennent de vivre le cauchemar de la " vache folle " et ses conséquences financièrement désastreuses. Même si le génie génétique n'a rien à voir avec l'ESB, ils ne veulent en aucun cas accepter d'endosser des responsabilités pour d'autres comme cela a été le cas dans cette affaire. La paysannerie craint donc de se retrouver face à des événements sur lesquels elle n'a pas prise tout en devant en supporter les séquelles. Elle exige donc des garanties et on peut la comprendre. Il s'agit, d'une part, de fixer clairement les responsabilités et les charges des différents maillons de la chaîne alimentaire concernant les OGM (organismes génétiquement modifiés). D'autre par, il faut que ceux qui veulent pouvoir disposer d'aliments non modifiés génétiquement gardent cette possibilité. La liberté de choix est primordiale tant pour les producteurs que pour les consommateurs.

A ce sujet, il faut souligner que les paysans font actuellement des efforts énormes pour s'adapter aux voeux des consommateurs et aux exigences d'une société écologique. Aujourd'hui que l'Etat se désengage des marchés, les producteurs doivent vendre et ils savent bien que pour y parvenir il faut produire ce que les gens veulent acheter en appliquant des méthodes agréées par le consommateur. Nous avons travaillé d'ailleurs, au sein de l'agriculture suisse, à établir une charte sur le génie génétique qui fixe les règles et assurances pouvant être données aux consommateurs. Car, pour le moment, les distributeurs exigent parfois des paysans des garanties que ceux-ci ne sont pas à même de donner.

Nos préoccupations doivent être reconnues également sur le plan international et portées dans le débat des prochaines négociations à l'OMC: parallèlement aux questions commerciales et sociales, un volet scientifique traitant des nouvelles technologies doit être prévu.

En conclusion, je dirais qu'il ne s'agit pas de s'opposer à une technologie avant-gardiste, procurant des emplois et permettant à nos industries de pointe la création de produits de haute valeur ajoutée.

Nous devons bien plus nous attacher de toutes nos forces à mettre en place des bases solides, propices à un développement performant mais prudent du génie génétique.

Agri, 28.2.1998 - Propos recueillis par Martine Bailly, Agir