OPINIONS ECONOMIQUES

Ernesto Bertarelli Directeur général d'Ares-Serono

Christophe Lamps Porte-parole d'Ares-Serono

Edmond Henry Président de la Chambre vaudoise du commerce et de l'industrie

Philippe Gay Directeur de la recherche en biotechnologie, Novartis Semences Europe

 

 

Ernesto Bertarelli

La biotechnologie: une industrie d'avenir

Extraits du discours prononcé le 4.2.97 à l'occasion de l'inauguration du Centre de Biotechnologie UNIL-EPFL de Lausanne

De toute évidence, le génie génétique n'est plus une technologie du futur. C'est devenu une réalité presque quotidienne dans la mesure où ses applications pratiques sont de plus en plus nombreuses. Pour preuve, il suffit de citer les 30 médicaments issus du génie génétique déjà approuvés et commercialisés en Suisse.

En fait, il n'existe à l'heure actuelle guère de domaines où la biotechnologie n'intervient pas à un stade ou à un autre, que ce soit dans la recherche fondamentale, la médecine, la fabrication des médicaments, l'industrie alimentaire, ou encore l'environnement.

Les résultats obtenus en recherche fondamentale et leurs applications à l'industrie ont donné naissance à une véritable industrie de la biotechnologie. Selon Ernst & Young, on compte 1'300 sociétés de biotechnologie aux Etats-Unis, où elles emploient 120'000 personnes. Au sein de l'Union européenne on dénombre 485 sociétés pour 20'000 emplois. En incluant tous les emplois liés à la biotechnologie, y compris la contribution très importante des grands groupes pharmaceutiques, on peut estimer que notre industrie représente globalement entre 2 et 5 millions de postes de travail.

En comparaison internationale, la Suisse fait bonne figure. Selon une étude de l'Ofiamt, notre pays compte 180 entreprises de biotechnologie dont 24 travaillent exclusivement dans ce domaine. Elles emploient déjà 6'500 personnes.

Ces chiffres apparaissent d'autant plus éloquents, qu'en Suisse comme à l'échelle mondiale, les biotechnologies n'en sont qu'à leurs débuts. Compte tenu des investissements grandissants consacrés à la recherche dans ce secteur, plus de 10 milliards de francs par an, on peut affirmer sans crainte que l'industrie de la biotechnologie est promise à un bel avenir. A titre d'exemple, on estime que le chiffre d'affaires des médicaments issus du génie génétique devrait doubler d'ici l'an 2000.

La biotechnologie en Suisse

Dans le domaine de la biotechnologie, la Suisse fait partie du peloton de tête. Notre pays dispose de nombreux atouts, dont un niveau élevé de l'enseignement scientifique, une recherche fondamentale de pointe dans de nombreux domaines touchant au génie génétique, ainsi que des entreprises de premier rang.

La recherche en biologie est en particulier d'un excellent niveau en Suisse, comme en témoignent les prix Nobel du professeur Arber en 1978 et du professeur Rolf Zinkernagel en 1996. Il ne faut pas oublier à ce titre d'autres contributions importantes comme celle du professeur Charly Weissmann, dont les travaux sont mondialement reconnus.

Par rapport au nombre de brevets par milliard de dollars de valeur créée, la Suisse se classe au quatrième rang pour la période comprise entre 1982 et 1990, après la Grande-Bretagne, la Suède et les Etats-Unis. Par le nombre de brevets obtenus pour des médicaments, la Suisse se place également au quatrième rang.

Pour autant, la position de la Suisse dans le domaine de la biotechnologie n'est pas assurée pour l'avenir.

En premier lieu, notre pays souffre d'un certain nombre de faiblesses qui ont été répertoriées l'an passé dans une étude publiée par le Conseil suisse de la science. Il s'agit principalement du faible dynamisme des petites entreprises suisses de biotechnologie dû, notamment, à un transfert de technologies insuffisant par les hautes écoles et les universités, d'un exode partiel à l'étranger de la recherche en biologie moléculaire des groupes pharmaceutiques et, enfin, de conditions de financement défavorables, notamment le manque d'accès au capital-risque.

Les conséquences d'une interdiction du génie génétique en Suisse

Toutefois, le plus gros danger pour le développement de la biotechnologie en Suisse reste en définitive l'initiative pour l'interdiction du génie génétique soumise en votation populaire, probablement au début de l'année prochaine.

Cette initiative représente un très grave facteur d'insécurité pour l'avenir de la place Suisse dans le domaine de la biotechnologie. Son acceptation aurait des conséquences désastreuses pour notre pays:

Les interdictions entraîneraient la disparition d'un pan essentiel de la recherche biomédicale dans nos universités et dans l'industrie. Il deviendrait pratiquement impossible de mettre au point de nouveaux médicaments en Suisse. Aujourd'hui, renoncer au génie génétique dans la recherche est aussi impensable que de se passer du microscope.

La recherche et l'enseignement scientifiques en Suisse devraient renoncer à explorer des domaines prometteurs. A cet égard, le professeur Zinkernagel a relevé que si l'initiative devait passer, il serait lui-même dans l'impossibilité d'effectuer 80% de ses recherches.

Enfin, comme le génie génétique continuera de toute façon à se développer à l'étranger, la place économique suisse serait pénalisée. La Suisse perdrait tout attrait pour de nouveaux investissements et ne bénéficierait plus de l'apport des nouvelles technologies ni des ressources humaines qualifiées dans ce domaine prometteur.

Si l'on admet que la recherche et la production industrielle se stimulent mutuellement lorsqu'elles sont situées au même endroit, toute entrave arbitraire à la recherche fondamentale, comme celle prévue par l'initiative, provoquera non seulement un coup d'arrêt pour la recherche mais également pour la production industrielle et donc l'emploi.

La biotechnologie: une des grandes technologies de l'avenir

En décidant d'investir près de 300 millions de francs dans une nouvelle unité de production de biotechnologie actuellement en construction à Corsier-sur-Vevey, dans le canton de Vaud, le Groupe Ares-Serono a pris le pari de la Suisse. Par là même, nous avons misé sur un rejet de l'initiative par le peuple.

Voir aussi cette page : Ernesto Bertarelli

 

 

Edmond Henry

Allocution présidentielle de M. Edmond Henry, président de la CVCI, lors de l'assemblée générale du 15 avril 1997

La nouvelle initiative sur le génie génétique, sur laquelle le peuple suisse sera appelé à se prononcer cette année encore, peut-être, ou au début de 1998, est l'une des préoccupations majeures de la CVCI. Une acceptation de cette initiative aurait en effet des conséquences désastreuses non seulement pour de grandes entreprises comme Ares-Serono ou Nestlé, mais pour l'économie de notre canton tout entière en termes d'emplois et de développements potentiels.

Le peuple suisse, en 1992, a accepté un nouvel article constitutionnel consacré au génie génétique. Pour la faune et la flore, cet article constitutionnel fixe un cadre très réglementé d'utilisation des techniques liées au génie génétique. En ce qui concerne l'être humain, les interventions sur le génome humain sont totalement interdites. Le cadre constitutionnel fixé, les lois fédérales ont été adaptées à un rythme soutenu: ce ne sont pas moins de 6 textes fondamentaux qui ont été adaptés en 4 ans, dont la révision de l'ordonnance sur les denrées alimentaires en 1995. En résumé le peuple suisse s'est exprimé clairement en 1992. Il a massivement demandé que le génie génétique ne soit pas interdit, ce qui empêcherait tout effort dans le domaine de la recherche, mais que son utilisation soit soumise à des règles précises et à un contrôle rigoureux. C'est exactement ce que nos autorités ont réalisé au cours des 4 dernières années.

L'initiative qui a été déposée n'a donc pas de raison d'être. De nombreux scientifiques se sont engagés dans la campagne contre cette initiative et se sont efforcés d'informer le public des enjeux pour la place scientifique suisse. A notre tour de signaler notre total refus de cette initiative et de rappeler l'importance de ces techniques pour l'ensemble des activités économiques de forte valeur ajoutée, dans le domaine médical, notamment. Des études récentes conduites par le Conseil suisse de la Science montrent que sur le plan de la recherche, notre pays se situe, avec les Etats-Unis et le Japon dans le peloton de tête.

Quant à la valorisation de cette recherche par de nouvelles PME actives dans les biotechnologies, on estime à quelque 2'100 emplois postes de travail récemment créés en Suisse (chiffres 1994). Au total, ce sont quelque 180 entreprises suisses de toutes tailles qui produisent ou utilisent les techniques de biotechnologie et de génie génétique. La place scientifique et économique vaudoise qui se développe rapidement dans ce secteur est tout spécialement menacée dans son essor. Nous prenons dès lors fermement position en rejetant cette initiative et nous vous demandons de la rejeter en votant NON lorsque cet objet sera présenté en votation.

 

 

Philippe Gay

Novartis parle d'une solution favorable à l'environnement. Serait-il possible que ces nouveaux gènes et les protéines Bt se répandent dans l'environnement et éventuellement lui causent des dommages?

- Certainement non. Le gène et la protéine Bt dont nous avons doté le maïs proviennent d'une bactérie, Bacillus thuringiensis, universellement présente dans tous les sols. Les propriétés insecticides de cette bactérie sont connues depuis trente ans. Les bactéries sont utilisées comme bio-insecticides, très appréciées par tous leurs utilisateurs, particulièrement en agriculture biologique. Leur remarquable innocuité permet leur utilisation sur des légumes jusqu'à la veille de la récolte. Pour ce qui est de l'environnement, cet insecticide est un des rares qui respecte les prédateurs des ravageurs et agit en synergie avec eux. Enfin, la protéine qui protège le maïs n'est présente que dans la plante, elle n'affecte que les chenilles qui se nourrissent de ses feuilles et aucun autre insecte ou être vivant. Quand la plante meurt, le gène de la plante est détruit, soit parce qu'il est consommé, soit parce qu'il est enfoui et se décompose dans le sol comme tous les autres composants de la plante.

http://www.novartis.com/agri/newskills/genmodplants.html