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Denrées alimentaires et génie génétique: l'optique du consommateur
Une initiative qui nuit aux intérêts agricoles
Rude votation en vue

 

Naturel - par Laurent Joffrin

L'épi de maïs sera-t-il une pomme de discorde ? Après la vache folle et le plomb dans l'eau, sans parler, dans une autre domaine, du sang contaminé, il devient difficile, pour les gouvernements, d'autoriser, sans un incroyable luxe de précautions, la mise en circulation d'aliments manipulés. Surtout quand il s'agit de génétique, technique mystérieuse au public, qui touche à quelque chose de sacré. On a vite fait de crier à l'apprenti-sorcier, de voir le poison de la modernité incontrôlée se nicher dans le moindre grain jaune, de regarder soudain le Géant Vert, qui est au maïs ce que l'Oncle Ben est au riz, changé en créature de Frankenstein.

Pourtant, l'intervention humaine sur les cultures - et donc sur les aliments - est vieille comme… l'humanité. Mère Nature est une marâtre avaricieuse, qui a tenu pendant des millénaires le pauvre hominidé à la limite de subsistance. Ce qu'on appelle aujourd'hui manipulation - terme piégé qui disqualifie les nouvelles techniques avant tout débat - en des temps plus optimistes s'appelait tout simplement progrès. Les scientifiques et les ingénieurs agricoles contredisent la nature ? C'est la chose du monde la plus… naturelle.

C'est pourquoi il faut accueillir avec faveur la décision d'autoriser la culture du maïs transgénique : elle ouvre une ère nouvelle dans la maîtrise des techniques agricoles, ce qui favorise pas seulement les multinationales de l'agro-alimentaire, mais bien les consommateurs de tous les pays. A condition, bien sûr, de respecter ce fameux " principe de précaution ", règle élémentaire de bonne administration dès lors qu'on s'aventure en terre à la fois arable et inconnue. Est-ce le cas ? Il semble que oui. Les études sont allées au bout de ce qu'il était humainement possible de faire, à moins de transformer le principe de précaution en principe de paralysie. Une seule bizarrerie : le gouvernement annonce une transparence absolue dans cette affaire. Mais il le fait après avoir décidé. L'inverse eût été plus correct. Il sera donc logiquement soumis à inquisition. Rien que de très normal. Le progrès agricole doit être étroitement surveillé. Il ne doit pas être freiné.

Laurent Joffrin