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Génétique: le paradoxe helvétique, nouvel épisode

Pour les chercheurs en biotechnologie, l'année en cours sera placée sous le signe de l'effervescence (voir Bilan No 9/1996). L'initiative contre le génie génétique sera soumise au peuple en juin ou en septembre prochains. Parce qu'il restreint considérablement les possibilités de recherche, ce texte est rejeté par la communauté scientifique suisse. C'est elle, en effet, et non pas l'industrie qui a de longue date délocalisé l'essentiel de ses recherches, qui ferait les frais d'une interdiction.

Dans ce contexte, l'autorisation récente d'introduire sur le marché helvétique le maïs transgénique de Novartis ne risque-t-elle pas de jeter de l'huile sur le feu? Les partisans de l'initiative auraient beau jeu d'agiter le spectre de la mutation agricole en soupçonnant que les modifications génétiques passent d'un champ de maïs à celui d'une autre culture en Suisse. Ce risque est pourtant nul. Novartis a fait sa demande en Suisse non pas pour y vendre les semences de son maïs transgénique mais pour que celui-ci, cultivé aux Etats-Unis et en France, puisse être importé.

Cette réalité toute économique résume le paradoxe de l'initiative contre le génie génétique: la recherche suisse serait dépouillée de ses moyens d'investigation, tandis que les produits transgéniques mis au point ailleurs seraient purement et simplement importés.

Bilan, 02.1998 - Fabrice Delaye