Le comité opposé à l'initiative réunit ses meilleurs artilleurs

Joseph Deiss, Irmgard Jungo et Jean-Pierre Métraux tirent à boulets rouges sur l'initiative "Pour la protection génétique".

Première soirée d'information, mercredi soir à Fribourg contre l'interdiction du génie génétique pour informer les citoyens des enjeux de l'initiative "Pour la protection génétique", soumise au peuple le 7 juin prochain. Dans l'escouade des orateurs d'élite: Jean-Pierre Métraux, directeur de l'Institut de biologie de l'Uni de Fribourg, Joseph Deiss, conseiller national, et Irmgard Jungo, présidente du Grand Conseil. Ces brillants spécialistes de la science, du droit et de l'économie ont littéralement pourfendu une initiative jugée largement irresponsable.

Premier à faire feu: Jean-Pierre Métraux. Selon lui, l'initiative voudrait entraver les recherches concernant le génie génétique en interdisant, notamment, l'utilisation d'animaux transgéniques qui servent à étudier les maladies ou en imposant des mois de procédures d'autorisation. Appliqué aux végétaux, le transfert d'un gène d'un organisme à un autre apporte des solutions aux problèmes liés à l'environnement. Selon J.-P. Métraux, créer des végétaux résistant aux herbicides permet de diminuer les traitements des cultures. Reste le problème du transfert du gène de résistance, que le professeur ne nie pas. L'application en médecine peut déboucher sur de nouveaux médicaments pour des maladies comme la mucoviscidose ou la myopathie.

Joseph Deiss a démontrer ensuite que l'arsenal juridique actuel suffit pour parer à d'éventuels abus. Il a mis en évidence l'article 24 novies de la Constitution, qui empêche les docteurs Moreau de service de faire n'importe quoi dans leurs laboratoires, en interdisant toute intervention sur les cellules sexuelles. Il a relevé l'incohérence de l'initiative qui ne dit mot de l'importation d'organismes génétiquement transformés. Irmgard Jundo enfin met en garde contre une initiative qui ferait fuir les chercheurs à l'étranger et perdre des places de travail par milliers.

Les partisans de l'initiative, peu nombreux mercredi soir parmi la huitantaine de personnes présentes, sont restés bouche bée. Sauf une dame qui s'est étonnée que l'on crée des grenouilles sans tête. J.-P. Métraux lui a rapidement expliqué que ça n'était pas pour le plaisir. On s'en doutait.

La Liberté - 6 mars 1998